Déserts médicaux : Alexis Mussard défend une autre façon d'attirer les professionnels de santé
- Déserts médicaux : une crise de l'accès aux soins qui touche tous les territoires
- Pourquoi un médecin choisit-il de s'installer dans une commune plutôt qu'une autre ?
- S'installer en libéral : une équation économique jouable
- Redonner du temps médical aux médecins : une piste à renforcer
- Aides à l'installation et régulation : privilégier la simplicité et l'attractivité
- OùSoigner : plus de 1 000 installations faciltées depuis 2023
- Vers un accompagnement plus complet de l'installation des soignants
Le 25 octobre 2026, notre cofondateur Alexis Mussard était l'invité de Matthias Baccino pour un échange consacré à l'accès aux soins en France. Pendant près d’une heure, il a partagé son analyse des difficultés d'installation des soignants, des limites de certaines politiques publiques et des solutions concrètes pour rapprocher professionnels de santé et territoires. Six millions de Français sans médecin traitant, des délais de rendez-vous qui s'allongent et des communes qui peinent à attirer de nouveaux praticiens : la question de l'accès aux soins dépasse désormais largement les seules zones rurales. Mais comment agir efficacement ? Invité du live de Matthias Baccino, Alexis a défendu la conviction qui est au cœur d'OùSoigner : pour faciliter l'installation des professionnels de santé, il faut comprendre leurs attentes et lever les obstacles concrets à leur projet. Un constat d'où est né notre projet : 75 % des jeunes médecins disent vouloir s'installer en libéral, mais seuls 13 % le font. Entre l'envie et le passage à l'acte, il y a une montagne de problèmes. Le premier d'entre eux : savoir où s'installer.
Déserts médicaux : une crise de l'accès aux soins qui touche tous les territoires
La désertification médicale n'est pas seulement une question de nombre de médecins. Elle tient aussi à leur répartition géographique et à la capacité des patients à obtenir un rendez-vous près de chez eux. Selon la Drees, l'accessibilité moyenne aux médecins généralistes atteignait 3,3 consultations par an et par habitant en 2024. Mais les 10 % d'habitants les mieux dotés bénéficiaient d'une accessibilité 4,3 fois supérieure à celle des 10 % les moins bien dotés. De son côté, le Sénat relevait près de 6 millions de personnes âgées de 17 ans ou plus sans médecin traitant déclaré en 2024. Les difficultés ne se limitent pas aux villages isolés, rappelle Alexis : l'ARS Île-de-France classe par exemple le 14e arrondissement de Paris en zone tendue. Et ce n'est pas une question de surconsommation : les Français consultent dans la moyenne européenne. La pénurie s'explique d'abord par des décisions anciennes. Entre la fin des années 1970 et 1993, le nombre de médecins formés chaque année a été divisé par deux, alors que la population augmentait. Dans le même temps, le nombre d'affections de longue durée a doublé en vingt ans avec le vieillissement de la population. La fin du numerus clausus va augmenter le nombre de praticiens formés, mais ses effets dépendront aussi des lieux où ils choisiront d'exercer. Quant aux dispositifs d'urgence, ils peinent à suivre. Le programme des médecins volontaires, qui consultent deux jours par mois en zone prioritaire, totalisait environ 15 000 consultations à mi-parcours, pour un objectif de 30 millions. « C'est mieux que rien, mais ce n'est pas suffisant », juge Alexis.
Pourquoi un médecin choisit-il de s'installer dans une commune plutôt qu'une autre ?
C'est l'un des messages forts de l'intervention : les aides financières ne suffisent pas à convaincre un professionnel de santé de s'installer. D'après une enquête de la Cour des comptes citée par Alexis, elles ne pèsent qu'environ 10 % dans le choix d'un lieu d'exercice. La décision repose d'abord sur un équilibre entre projet professionnel et projet de vie : travailler avec d'autres soignants, la présence de services publics, l'emploi du conjoint, les établissements scolaires, la qualité de vie. « Quand on soigne à plusieurs, on soigne mieux », affirme Alexis en évoquant les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) et les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Ces organisations favorisent l'exercice coordonné et rompent l'isolement. Pour les collectivités, cela invite à changer de discours. Mettre en avant le manque de praticiens ou l'importance de la patientèle potentielle ne suffit pas, et peut même faire peur. Un territoire doit aussi présenter les conditions d'exercice, les possibilités de collaboration et le cadre de vie qu'il offre.
S'installer en libéral : une équation économique jouable
Pour illustrer, Alexis a pris l'exemple de Margaux, notre cofondatrice, médecin généraliste installée près de Rennes :
| Poste | Montant |
|---|---|
| Investissement initial (matériel, consommables, mobilier) | environ 25 000 € |
| Aide à l'installation en zone d'intervention prioritaire | à partir de 10 000 € |
| Charges mensuelles du cabinet (loyer, énergie, secrétariat partagé entre 3 praticiens) | environ 2 400 € |
| Reste par consultation à 30 € après charges sociales | environ 20 € |
| Consultations pour couvrir les charges du mois | environ 120, soit 5 à 6 jours |
Au bout d'une semaine de travail, les charges du cabinet sont couvertes. Ce qui freine l'installation, ce n'est donc pas d'abord l'argent, mais la complexité et l'isolement.
Redonner du temps médical aux médecins : une piste à renforcer
Un médecin généraliste travaille en moyenne 46,5 heures par semaine, dont environ 6 heures consacrées à la gestion de son cabinet plutôt qu'aux patients. Alexis a fait le calcul : réduire ce temps de trois heures par semaine dégagerait neuf consultations de vingt minutes supplémentaires par médecin. À l'échelle des 50 000 médecins traitants, cet ordre de grandeur dépasse 20 millions de consultations par an, sans former un seul médecin de plus. Le levier existe : les assistants médicaux, qui prennent en charge les tâches non médicales (accueil, carte Vitale, codage des actes). Mais la France n'en compte qu'environ 10 000, contre près de 350 000 en Allemagne, soit trois à quatre par médecin. « On a compris ce qu'il faut faire, mais il manque l'ampleur », résume Alexis. Il défend également un soutien accru aux structures d'exercice coordonné, notamment par un financement pérenne de leurs coordinateurs, sur le modèle des Pays-Bas, où un réseau de soins primaires solide fluidifie l'accès aux urgences.
Aides à l'installation et régulation : privilégier la simplicité et l'attractivité
Interrogé sur les aides publiques, Alexis en souligne la complexité : une quinzaine de dispositifs, des zonages économiques et sanitaires qui se superposent, des critères d'éligibilité différents. Même notre équipe, dont c'est le métier, a dû s'accrocher pour s'y retrouver, et Margaux a renoncé à un crédit d'impôt en découvrant le dossier. Il se montre aussi réservé sur les mesures qui restreindraient la liberté d'installation dans certaines zones. Mieux vaut convaincre les praticiens de rejoindre un territoire en leur présentant un projet d'exercice et de vie attractif que compter sur la contrainte. « Dans libéral, il y a le mot liberté », résume-t-il. Selon Alexis, voici les priorités :
- 1- Arrêter de créer de nouveaux dispositifs et faire fonctionner ceux qui existent.
- 2- Rationaliser une partie des aides à l'installation pour financer durablement la coordination des MSP.
- 3 - Donner davantage de compétence aux régions sur la santé qui sont plus près de leur territoire et des leviers pour renforcer l’attractivité de certaines zones (ex: la compétence transport avec les TER dépend des régions).
OùSoigner : plus de 1 000 installations faciltées depuis 2023
C'est pour répondre à ces difficultés qu'Alexis Mussard et Guillaume Halb ont lancé OùSoigner en 2023. Notre plateforme met en relation les professionnels de santé à la recherche d'un lieu d'exercice avec les communes, bailleurs et acteurs de l'immobilier qui disposent de locaux adaptés. Pourquoi une plateforme dédiée ? Parce qu'aujourd'hui, la plupart des annonces de cabinets et de remplacements circulent dans des centaines de groupes Facebook régionaux, qui rassemblent 1,3 million de praticiens. Impossible d'y faire une recherche, les offres se perdent entre deux messages sans rapport. Nous captons ces annonces, nous les structurons et les rendons lisibles, aux côtés des opportunités que nous confient directement les collectivités et les professionnels de l'immobilier. Les résultats sont là : plus de 12 000 mises en relation, plus de 1 000 installations réussies, au rythme de plus d'une par jour. Un cap également relayé par La Lettre M en octobre 2026. Et 1 200 professionnels de santé nous ont confié une recherche personnalisée, dont environ un sur cinq est médecin. La 1 000e installation illustre parfaitement notre démarche : celle d'un médecin généraliste à La Longueville, près de Maubeuge, dans le Nord. Originaire de La Réunion et formé à Lille, il ne connaissait pas cette commune. Il y a repéré une opportunité sur OùSoigner, puis a échangé avec la mairie et avec le médecin qui préparait son départ à la retraite. Cette rencontre a permis son installation et assurer la continuité des soins sur la commune. Au-delà des annonces, notre objectif est de favoriser des rencontres entre des projets qui se correspondent vraiment : attentes du professionnel, caractéristiques du cabinet, équipe de soins et environnement territorial.
Vers un accompagnement plus complet de l'installation des soignants
Les professionnels de santé utilisent OùSoigner gratuitement, sans publicité, pour rechercher un cabinet, consulter des annonces, proposer le leur à la reprise ou nous confier une recherche. Les collectivités et les professionnels de l'immobilier financent la visibilité de leurs offres par un abonnement. Après la recherche du lieu d'exercice, nous voulons accompagner les praticiens à chaque étape de leur installation, jusqu'à l'accueil du premier patient : aides mobilisables, matériel, logiciels, recrutement d'assistants médicaux… Première brique prévue pour 2027 : un simulateur d'aides à l'installation, qui affichera, à partir du code postal visé, toutes les aides accessibles. En conclusion de l'échange, Alexis a appelé à mieux faire fonctionner les dispositifs existants, à renforcer les maisons de santé pluriprofessionnelles et à donner davantage de place aux réalités des territoires. Vous êtes professionnel de santé et vous cherchez un cabinet ? Découvrez les opportunités d'installation sur OùSoigner, ou confiez-nous votre recherche. Vous êtes une commune, un bailleur ou un acteur de l'immobilier ? Présentez vos locaux à des professionnels de santé en recherche d'un lieu d'exercice. Voir le replay de l'échange entre Alexis Mussard et Matthias Baccino