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Comment créer une Maison de Santé Pluriprofessionnelle : tout ce que vous devez savoir

Article mis à jour le 4 aout 2026

Vous êtes médecin, infirmier, kiné, sage-femme ou professionnel paramédical et vous pensez qu’exercer en solo n’est plus tenable ? Vous avez envie de travailler autrement, dans un cadre plus coordonné, plus flexible et plus sécurisé ?

Alors vous avez sans doute déjà entendu parler des Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP). Et vous vous demandez : concrètement, comment on fait ? Quelles sont les étapes ? Qu’est-ce que ça implique ? Qui peut m’aider ? Ce guide est fait pour vous.

équipe de médecins en train de collaborer au sein d’une MSP

D’abord, une MSP, c’est quoi exactement ?

Une Maison de Santé Pluriprofessionnelle, c’est plus qu’un local où l’on partage des murs. C’est un projet collectif. Une équipe de professionnels de santé, médicaux et paramédicaux, qui exercent ensemble, sur un même territoire, autour d’un projet de santé commun. Ce projet fixe les objectifs de soins, les modalités de coordination, les actions partagées. C’est lui qui structure tout.

Selon l’article L.6323-3 du Code de la santé publique, une MSP est une personne morale qui réunit des professionnels de santé de premier recours, éventuellement de second recours, avec ou sans projet immobilier.

Elle peut donc exister sans bâtiment partagé (on parle alors de MSP "hors les murs") tant qu’il y a une vraie coordination. Mais dans les faits, la majorité des MSP s’appuient sur un local commun, souvent soutenu par les collectivités.

Le modèle a fortement progressé : de quelques dizaines de structures pionnières en 2008, la France est passée à 2 501 MSP recensées par le ministère de la Santé au 31 décembre 2023, et à près de 2 800 MSP signataires de l'ACI en 2025. La presse spécialisée évoque aujourd'hui un parc d'environ 3 000 maisons de santé. L'objectif national des "4 000 MSP d'ici 2027", annoncé en 2023, a depuis été absorbé par un dispositif plus large : le réseau France Santé, qui vise 5 000 structures labellisées à l'horizon 2027. Ce modèle a le vent en poupe… et les aides suivent.

Pourquoi créer ou rejoindre une MSP en tant que professionnel de santé ?

Pour vos patients

Dans une MSP, les patients bénéficient :

  • D’un accès facilité aux soins, notamment grâce à des horaires élargis et des créneaux de soins non programmés.
  • D’une prise en charge plus fluide, notamment pour les pathologies chroniques.
  • D’un suivi mieux coordonné avec des temps de concertation entre soignants.

💡 Un médecin généraliste exerçant en MSP réalise en moyenne 600 consultations supplémentaires par an par rapport à un médecin isolé. Et aujourd’hui, 8,9 millions de patients ont déclaré un médecin traitant exerçant en MSP. Et aujourd'hui, plus de 10 millions de patients ont déclaré un médecin traitant exerçant en MSP ou en centre de santé pluriprofessionnel, soit près de 20 % des Français ayant déclaré un médecin traitant.

Pour vous, professionnel de santé

  • Moins d’isolement, plus de coopération et de coordination.
  • Partage des tâches, notamment administratives (secrétariat mutualisé, logiciel partagé…).
  • Organisation des congés et des remplacements plus facile.
  • Accès à des financements spécifiques (comme l’ACI et, depuis 2026, le financement France Santé).
  • Possibilité de participer à des actions collectives de santé publique, de prévention ou d’éducation thérapeutique.
  • Meilleure attractivité pour les jeunes diplômés.

Vous avez envie de travailler en équipe tout en gardant votre statut libéral ? La MSP est donc un bon compromis entre indépendance et coopération structurée.

MSP et réseau France Santé : ce qui a changé en 2026

Lancé par le Premier ministre à Mâcon le 13 septembre 2025 puis inscrit dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (loi du 30 décembre 2025, articles L. 6330-1 et L. 6330-2 du Code de la santé publique), ce réseau labellise des structures de soins de proximité existantes ou en création. L'ambition : une offre de soins accessible en moins de 30 minutes du domicile, et une réponse au patient sous 48 heures lorsque son état le nécessite. Les cinq critères de labellisation, définis par la circulaire interministérielle du 16 juin 2026 :

  • la présence d'un médecin généraliste avec une patientèle traitante, ou en cours de constitution ;
  • la présence d'un professionnel infirmier (IDE ou IPA) au sein de la structure ou à proximité : il peut être associé, salarié, ou mobilisé via un partenariat formalisé ;
  • une ouverture au public au moins cinq jours par semaine ;
  • l'application des tarifs opposables, sans dépassement d'honoraires ;
  • une réponse aux patients en moins de 48 heures via la participation au service d'accès aux soins (SAS) ou à la permanence des soins ambulatoires (PDSA).

Bonne nouvelle pour les porteurs de projet : des dérogations sont prévues lors de la création de nouvelles structures, notamment lorsqu'un médecin ou un IPA exerce seul pendant un certain temps. Quelles structures sont éligibles ? Les MSP, les centres de santé médicaux ou polyvalents, les cabinets médicaux libéraux et les équipes de soins primaires. Dans les territoires les plus fragiles, les critères peuvent être adaptés pour inclure les hôpitaux de proximité, les lieux de consultations solidaires du dispositif "Un médecin près de chez vous", les médicobus, ainsi que certaines pharmacies d'officine. Qui labellise ? Le label est accordé par courrier conjoint de l'ARS, du préfet et, le cas échéant, du président du Conseil départemental. La demande passe par une déclaration d'intention déposée sur la plateforme demarche.numerique.gouv.fr. Quels objectifs chiffrés ? 2 000 structures labellisées à la fin de l'été 2026, puis 5 000 à l'horizon 2027, avec des cibles déclinées département par département. L'investissement représente en moyenne 50 000 € par structure et par an. Concrètement, pour une équipe qui monte une MSP : la labellisation France Santé devient une étape à intégrer dès la conception du projet, car elle conditionne l'accès à un financement complémentaire significatif (voir l'étape 6).

Étape 1 : Comprendre les besoins du territoire

Avant de rédiger un projet ou de chercher un local, il faut partir de la réalité du terrain. La question de fond : ce territoire a-t-il besoin d’une MSP ?

Voici ce qu’il faut analyser :

  • Y a-t-il déjà des cabinets ou MSP à proximité ?
  • Quelles sont les professions présentes, absentes ou proches de la retraite ?
  • Quelles sont les caractéristiques démographiques et sanitaires de la population (âge, pathologies fréquentes, fragilités sociales…) ?
  • Existe-t-il une CPTS, un contrat local de santé ou d’autres dynamiques de santé territoriale ?
  • Des structures France Santé sont-elles déjà labellisées sur votre bassin de vie ? Votre département dispose désormais d'une cible chiffrée de labellisations, une information utile à demander à votre ARS.

Vous pouvez vous appuyer sur :

  • Les données de l’ARS (CartoSanté, PRS…)
  • L’Assurance Maladie
  • Les observatoires régionaux de santé (ORS)
  • Vos collectivités locales, souvent prêtes à financer un diagnostic

Étape 2 : Créer un collectif de soignants

Vous ne monterez pas une MSP tout seul. Il vous faut des partenaires : médecins, infirmiers, kinés, paramédicaux… D’un point de vue réglementaire, l’équipe doit être composée au minimum de deux médecins généralistes et d’un professionnel paramédical.

Sachez également que seuls les professions suivantes peuvent créer une MSP : médecin ; chirurgien-dentiste ; sage-femme ; biologiste ; pharmacien ; transporteur sanitaire ; infirmière ; masseur-kinésithérapeute ; orthophoniste ; orthoptiste ; pédicure-podologue ; audioprothésiste ; opticien ; professionnel de l'appareillage. À noter : depuis 2026, l'accès au financement France Santé suppose de disposer d'une offre de soins infirmiers d'au moins 0,5 ETP par semaine. Cet infirmier (IDE ou IPA) peut être associé, salarié, vacataire signataire du projet de santé, ou mobilisé via un partenariat formalisé avec un centre de santé, un SSIAD ou un cabinet libéral. Un point à intégrer très tôt dans la composition de votre équipe.

Comment faire ?

  • Organisez une réunion locale avec les professionnels intéressés.
  • Clarifiez ensemble vos attentes : pourquoi une MSP ? Quelles valeurs partagez-vous ? Quels sont vos besoins ?
  • Commencez à parler organisation : horaires, remplacements, outils partagés…

Un projet de MSP réussi repose sur une vision commune et une vraie dynamique d’équipe. Mieux vaut un petit noyau très motivé qu’un grand groupe mal soudé.

💡 Astuce : sur OùSoigner vous avez la possibilité de créer une annonce pour créer votre équipe, avant même d’avoir trouvé un local ! Découvrez nos annonces de création d’équipe.

Vous pouvez aussi vous faire accompagner dès cette phase par :

  • votre CPTS
  • Votre ARS (certains financent un poste de coordinateur dès l’émergence de la structure)
  • AVECSanté : un acteur clé à connaître absolument !

Focus sur “AVECsanté” : l’allié pour monter votre MSP

AVECsanté est une association nationale reconnue, entièrement dédiée au développement de l’exercice coordonné et des MSP. Elle fédère 14 associations régionales, réparties sur l’ensemble du territoire métropolitain et ultramarin.

Leur mission est simple : accompagner les équipes de soignants dans la création, la structuration et la pérennisation de leur MSP, tout en défendant au niveau national les intérêts de l’exercice coordonné.

Concrètement, AVECsanté peut vous aider à :

  • Organiser vos premières réunions,
  • poser les bases d’un fonctionnement collectif,
  • rédiger votre projet de santé,
  • comprendre les statuts (association, SISA…),
  • accéder aux bons dispositifs de financement (ACI, coordinateur, etc.),
  • partager des outils concrets (chartes d’équipe, protocoles de coopération, guides pratiques…).

La fédération participe désormais aux négociations conventionnelles : elle siège avec voix délibérative à la commission paritaire nationale des structures pluriprofessionnelles, et a été partie prenante des discussions de 2026 sur l'avenant 2 à l'ACI. Ils proposent aussi des formations interdisciplinaires et organisent régulièrement des rencontres régionales où vous pourrez échanger avec d’autres équipes MSP, poser vos questions, et vous inspirer de projets déjà existants.

Étape 3 : Rédiger le projet de santé

Le projet de santé est le pilier fondamental de toute MSP. C’est à la fois une boussole, une feuille de route et un contrat moral entre les professionnels qui composent l’équipe. Ce document ne se résume pas à une formalité administrative : il conditionne votre reconnaissance officielle par l’ARS, votre capacité à bénéficier des financements publics (grâce à l’ACI), mais surtout il structure votre organisation quotidienne.

Concrètement, ce document doit répondre à plusieurs grands axes :

  • Quels sont les besoins de santé identifiés sur le territoire ? Par exemple, un vieillissement de la population, une hausse des maladies chroniques, une offre de soins non programmés insuffisante…
  • Quels engagements communs prenez-vous en tant qu’équipe ? Cela peut inclure l’accueil et la formation de nouveaux professionnels, la mise en place de consultations avancées, la coopération avec des établissements médico-sociaux…
  • Comment allez-vous vous organiser en interne ? Horaires de fonctionnement, plannings partagés, réunions de concertation régulières, protocoles de soins, utilisation d’un logiciel médical commun…
  • Quelles actions de prévention ou d’éducation thérapeutique souhaitez-vous développer ? Campagnes de dépistage, ateliers sur la nutrition, accompagnement du diabète, sensibilisation à la santé mentale…
  • Comment coopérerez-vous avec les autres acteurs du territoire ? Partenariats avec la CPTS, la mairie, les hôpitaux de proximité, les associations…

Anticipez également trois points devenus déterminants pour le financement : votre organisation des soins non programmés, notamment via le SAS ; vos horaires d'ouverture, l'ACI attendant une amplitude de 12 heures par jour en semaine et 4 heures le samedi matin ; et votre système d'information, qui doit être référencé Ségur. À compter du 1ᵉʳ janvier 2028, l'ensemble des professionnels de la structure devront utiliser un logiciel référencé Ségur vague 2. L'avenant 2 recommande par ailleurs une actualisation du projet de santé dans les cinq ans suivant la signature du contrat ACI. Ce travail ne se fait pas en un après-midi. Il demande du temps, des échanges, parfois l’accompagnement d’un expert. Mais c’est aussi un moment fondateur : c’est là que naît l’identité propre de votre MSP. Et plus ce projet est clair et ancré dans la réalité locale, plus il sera soutenu par les partenaires publics.

Étape 4 : Choisir un cadre juridique

Une fois l’équipe constituée et le projet de santé rédigé, il faut penser à la structure juridique qui portera la MSP. Cette étape, souvent perçue comme complexe, est pourtant essentielle. Elle conditionne votre capacité à gérer les moyens collectifs, à percevoir les financements et à fonctionner de manière durable.

Le plus souvent, les projets débutent sous la forme d’une association loi 1901. C’est une solution souple, rapide à mettre en place, qui permet d’avoir une personne morale pour représenter le collectif. Elle est très utile pendant la phase de conception et peut gérer les premières démarches, les liens avec l’ARS ou la mairie, l’organisation des réunions, etc.

Mais pour entrer pleinement dans le modèle MSP, il est fortement recommandé de créer une SISA – Société Interprofessionnelle de Soins Ambulatoires. Ce statut, créé spécifiquement pour les maisons de santé, permet de :

  • percevoir les financements grâce à l’ACI (nous en reparlerons plus loin) ;
  • salarier un coordinateur ou un assistant médical ;
  • répartir les rémunérations entre les membres selon des règles établies ;
  • porter des actions de santé publique collectives.

Depuis l'avenant 2, la constitution en SISA est une condition explicite d'éligibilité au contrat ACI, à remplir dès la signature. La SISA offre une sécurité juridique et une souplesse de gestion, à condition que ses statuts soient bien rédigés. À noter qu'elle ne peut regrouper que des professionnels de santé, au sens strict du code de la santé publique. La loi impose par ailleurs qu'elle compte parmi ses associés au moins deux médecins et un auxiliaire médical. Sur la responsabilité des associés, la loi Valletoux du 27 décembre 2023 a modifié le régime applicable aux SISA afin de limiter leur responsabilité financière — une avancée importante, la crainte d'engager son patrimoine personnel figurant parmi les principaux freins à la création d'une SISA. Des praticiens du droit signalent toutefois que son application par les greffes reste inégale : faites-vous accompagner sur la rédaction de vos statuts. Attention également à une nouveauté 2026 : la structure s'engage, au plus tard un an après la signature du contrat ACI, à atteindre un minimum de 300 patients médecin traitant, dont 10 % de patients en ALD, par ETP de médecin généraliste associé ou salarié. Dans certains cas, notamment pour la gestion de l'immobilier ou du matériel, d'autres structures peuvent être créées en parallèle : SCM, SCP, voire SCI pour les locaux. Le choix du montage dépendra aussi des souhaits de la collectivité si elle participe au projet.

Étape 5 : Trouver un local adapté

Si le projet de santé est le cœur, alors le local en est le squelette. Une MSP peut théoriquement fonctionner "hors les murs", avec des professionnels installés dans des lieux différents, tant que la coordination est bien réelle. Mais dans la pratique, l’immense majorité des MSP sont regroupées dans un bâtiment commun, conçu pour répondre aux besoins spécifiques de l’exercice pluriprofessionnel.

Ce bâtiment peut être neuf, rénové ou réhabilité. Il peut être porté par la collectivité locale, par un promoteur privé, ou par les professionnels eux-mêmes via une SCI. Chaque solution a ses avantages et ses contraintes. L’essentiel est que le lieu soit fonctionnel, conforme, et évolutif.

Voici les éléments clés à intégrer dans votre réflexion :

  • Des bureaux individuels pour chaque praticien, mais aussi des espaces collectifs : secrétariat, salle de réunion, salle d’urgence, salle de pause.
  • Une conception aux normes ERP et accessibilité PMR, avec une attention portée à la qualité de vie au travail : luminosité, isolation acoustique, circulation fluide.
  • Une salle dédiée à la prévention ou aux ateliers collectifs peut être un vrai plus, tout comme des espaces pour la téléconsultation.
  • Un accès facilité (parking, transports en commun, signalétique claire), et si possible une implantation centrale sur le territoire.

Les coûts peuvent varier fortement selon les régions, la surface et les équipements. Une MSP bien conçue, d’environ 300 à 600 m², peut représenter un investissement entre 700 000 € et 2 millions d’euros. D’où l’importance d’un plan de financement solide.

Étape 6 : Financer votre MSP

Créer une MSP, c'est aussi un projet économique. Bonne nouvelle : de nombreux dispositifs existent pour soutenir les professionnels dans cette démarche. Attention toutefois : le cadre de financement a été profondément remanié par l'avenant 2 à l'ACI, signé le 5 juin 2026. L'ACI, socle du financement de fonctionnement L'outil principal reste l'Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI). Il s'agit d'un contrat signé entre la MSP, sa caisse d'Assurance Maladie et l'ARS, qui prévoit une rémunération annuelle modulée selon l'atteinte d'indicateurs.

L'ACI, socle du financement de fonctionnement

L'outil principal reste l'Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI). Il s'agit d'un contrat signé entre la MSP, sa caisse d'Assurance Maladie et l'ARS, qui prévoit une rémunération annuelle modulée selon l'atteinte d'indicateurs.

Ce qui change avec l'avenant 2 :

  • le système de points disparaît : chaque indicateur affiche désormais directement un montant en euros ;
  • les indicateurs sont répartis entre engagements socles — obligatoires pour déclencher toute rémunération — et engagements optionnels ;
  • cinq indicateurs socles conditionnent le versement : accessibilité de la structure, organisation des soins non programmés, fonction de coordination, réponse aux crises sanitaires graves et système d'information référencé Ségur ;
  • ces nouveaux indicateurs entrent en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2027, et s'appliqueront alors aux contrats en cours.

Quelques repères chiffrés issus du texte, pour une patientèle de référence de 4 000 patients : la fonction de coordination est valorisée 7 000 € en montant fixe, auxquels s'ajoutent 11 900 € variables jusqu'à 8 000 patients puis 7 700 € au-delà ; l'accessibilité de la structure, 4 100 € ; le système d'information, 3 500 € plus 1 400 € par professionnel de santé associé jusqu'à seize professionnels. Une majoration de précarité, plafonnée à 25 %, s'applique aux structures dont la part de patients C2S ou AME dépasse les moyennes nationales. Un point de vigilance, à connaître avant de bâtir votre budget : MG France, premier syndicat de médecins généralistes, a refusé de signer cet avenant, estimant notamment que l'ACI de base n'était pas revalorisé face à l'inflation et que les nouveaux financements se concentrent sur France Santé. L'avenant a néanmoins été adopté, 24 syndicats l'ayant paraphé.

Le financement France Santé

C'est la principale nouveauté financière de 2026. Une MSP signataire de l'ACI peut percevoir un financement supplémentaire en rejoignant le réseau France Santé, sous réserve de trois critères socles cumulatifs : au moins 80 % des consultations des médecins généralistes facturées au tarif opposable ; une offre de soins infirmiers (IDE ou IPA) d'au moins 0,5 ETP par semaine ; au moins 50 % des médecins participant au SAS, ou au moins 50 % participant à la PDSA. S'y ajoutent quatre "briques" complémentaires facultatives — accès aux soins, prévention, vulnérabilité, parcours — chacune validée dès lors que deux de ses indicateurs sont atteints. On y trouve par exemple l'ouverture le samedi matin ou en soirée au-delà de 20 h, les bilans de prévention pour les patients précaires, l'accès à un psychologue conventionné "Mon soutien psy", la prise en charge des patients en situation de handicap ou l'atteinte de seuils de dépistage et de vaccination. Les montants, et c'est essentiel à comprendre, suivent une trajectoire dégressive sur le socle et croissante sur les briques :

AnnéeSocleBriques complémentaires
202650 000 €0€
202740 000 €2 500 € par brique, soit 10 000 €
202830 000 €5 000 € par brique, soit 20 000 €
À partir de 202910 000 €10 000 € par brique, soit 40 000 €

Ces montants ne sont pas des forfaits uniformes : ils sont pondérés par la file active de la structure, comparée à une file active de référence nationale. Une structure deux fois plus grande que la référence perçoit environ 1,4 fois le montant ; une structure deux fois plus petite, environ 70 %. Pour une structure nouvellement créée, le socle est fixé à un forfait de 10 000 € sans pondération. Comment s'engager ? Par une déclaration d'intention sur demarche.numerique.gouv.fr, qui vaut acceptation de l'avenant — aucun contrat supplémentaire n'est nécessaire. Le versement intervient après transmission du courrier de labellisation. Attention au calendrier : pour bénéficier d'un financement en année pleine sur 2026, la déclaration devait être déposée au plus tard le 10 juillet 2026. Les dossiers déposés depuis cette date sont financés au prorata temporis.

Financements pour l'immobilier

Le plan "4 000 MSP" lancé en 2023, doté d'une cinquantaine de millions d'euros sur trois ans pour soutenir les projets immobiliers, arrive à son terme. Il est aujourd'hui relayé par l'effort budgétaire consacré au réseau France Santé, annoncé à 130 millions d'euros pour 2026. Ce soutien peut être complété par : les régions, via les contrats de plan ou des dispositifs spécifiques ; les départements, notamment pour les zones rurales ou en tension ; l'Union européenne, à travers le FEDER, dans certaines régions éligibles ; des fondations, du mécénat territorial ou même des montages mixtes public/privé ; les dotations de droit commun mobilisables par les préfets, ainsi que l'offre de prêts et d'ingénierie de la Banque des Territoires. 💡 Conseil : dès les premières étapes, rapprochez-vous de votre ARS, de votre mairie et de votre région pour identifier les leviers financiers disponibles.

Étape 7 : Lancer votre MSP et la faire vivre

Avant l’ouverture

  • Fixez une date d’ouverture réaliste,
  • finaliser l'aménagement de votre MSP, le recrutement du secrétariat,
  • renseignez-vous sur les démarches CPAM, ARS, Ordres…

Communiquez localement

  • Prévenez vos patients actuels ;
  • informez la mairie, les acteurs locaux, les associations ;
  • organisez une inauguration ouverte au public ;
  • créez une fiche Google My Business afin que vos patients trouvent facilement vos coordonnées.

Créer ou rejoindre une Maison de Santé Pluriprofessionnelle, ce n’est pas seulement changer de locaux. C’est un vrai projet, qui demande du temps, une vraie coordination entre professionnels, une compréhension fine des besoins du territoire, et une structuration juridique et financière solide. Mais aujourd’hui, tous les outils sont disponibles pour vous accompagner : aides publiques, appui des ARS, portage par les collectivités, dispositifs de financement spécifiques comme l’ACI…

La démarche peut peut-être vous sembler complexe au départ, mais le modèle MSP est soutenu à tous les niveaux. Et pour cause, il répond à des enjeux de santé publique, il facilite la pratique quotidienne, et il améliore l’accès aux soins pour les patients. Il permet aussi d’attirer de nouveaux professionnels sur les territoires.

Si vous en êtes au stade de la réflexion, commencez par vous entourer, poser les bases de votre projet de santé, et vous rapprocher des acteurs locaux.

Et si vous êtes prêt à avancer, vous pouvez publier votre projet sur OùSoigner.fr pour trouver des partenaires, des locaux ou rejoindre une dynamique déjà en place.

FAQ

Combien de temps faut-il pour créer une MSP ?

Comptez généralement deux à quatre ans entre les premières réunions d'équipe et l'ouverture des portes. La rédaction du projet de santé et la validation par l'ARS mobilisent à elles seules plusieurs mois. Un projet immobilier neuf, porté par une collectivité, allonge encore le calendrier. Les MSP « hors les murs » démarrent nettement plus vite.

Quelle différence entre une MSP, un centre de santé et une CPTS ?

Une MSP réunit des professionnels libéraux autour d'un projet de santé commun. Un centre de santé emploie des professionnels salariés et est porté par un gestionnaire, souvent une association ou une collectivité. Une CPTS, elle, n'est pas un lieu d'exercice : elle coordonne à l'échelle d'un territoire entier des structures qui restent indépendantes.

Faut-il investir de l'argent personnellement pour créer une MSP ?

Pas nécessairement. Si la collectivité ou un promoteur porte le bâtiment, vous êtes locataire et n'engagez aucun capital immobilier. L'apport personnel devient significatif uniquement si l'équipe achète ou construit via une SCI. Restent à financer votre propre aménagement, votre matériel et les frais de constitution de la SISA.

Comment la rémunération ACI est-elle répartie entre les professionnels ?

Elle est versée à la SISA, qui est la personne morale signataire, et non aux praticiens individuellement. C'est ensuite à l'équipe de définir les règles de répartition dans ses statuts : parts égales, pondération selon l'implication ou le temps de présence. Ces sommes sont imposables au niveau de chaque associé.

Peut-on rejoindre une MSP en gardant son statut libéral et sa patientèle ?

Oui, c'est même le principe du modèle. Vous restez libéral, conservez votre patientèle, vos honoraires et votre structure d'exercice. Devenir associé de la SISA n'y change rien : cette société porte la coordination et les financements collectifs, pas votre activité de soins ni votre relation avec vos patients.

Faut-il être en zone sous-dotée pour créer une MSP ?

Non, aucun zonage n'est exigé pour constituer une MSP ni pour signer l'ACI. En revanche, le zonage conditionne certaines aides à l'installation et pèse souvent dans les arbitrages des collectivités sur le financement immobilier. Un territoire en tension reste donc un argument fort auprès des partenaires publics.