Facturation électronique : ce qui change pour les soignants libéraux
- L'article en 30 secondes
- La facturation électronique, de quoi parle-t-on ?
- Pourquoi les soignants sont concernés malgré l'exonération de TVA
- Le calendrier à retenir
- Côté dépenses : l'obligation de réception, le vrai sujet
- Côté recettes : quand l'émission devient obligatoire en 2027
- Focus : remplacements, collaborations et partage de locaux
- Les points de vigilance propres au secteur santé
- FAQ : facturation électronique et professions de santé
- Un médecin libéral doit-il émettre des factures électroniques ?
- Un kiné ou une infirmière en micro-BNC est-il concerné ?
- La feuille de soins électronique compte-t-elle comme une facture électronique ?
- Que se passe-t-il si je n'ai pas encore de plateforme agréée ?
- Un remplaçant doit-il facturer électroniquement la rétrocession d'honoraires ?
- Un médecin libéral doit-il émettre des factures électroniques ?
- En résumé
L'article en 30 secondes
- Depuis le 1er septembre 2026, tous les soignants libéraux doivent pouvoir recevoir leurs factures fournisseurs au format électronique, via une plateforme agréée.
- Vos actes de soins exonérés ne changent pas : ils restent hors de la facturation électronique et de l'e-reporting.
- À partir du 1er septembre 2027, vos activités non exonérées (expertises, redevances de collaboration, ventes…) devront être facturées électroniquement ou déclarées en e-reporting, même en franchise en base.
- Pas de sanction avant fin 2026 grâce à une période de tolérance, mais l'obligation s'applique déjà.
- À faire maintenant : choisir une plateforme agréée, informer vos fournisseurs et faire le point avec votre expert-comptable
« Je ne facture pas de TVA, donc la facturation électronique ne me concerne pas. » C'est une idée reçue répandue chez les médecins, kinés, infirmiers et autres soignants libéraux. Elle est pourtant fausse, au moins en partie. Depuis le 1er septembre 2026, tous les professionnels de santé libéraux doivent être capables de recevoir les factures de leurs fournisseurs au format électronique. Matériel médical, énergie, téléphonie, logiciel, expert-comptable : la plupart de vos factures fournisseurs sont concernées, à l'exception de certaines opérations elles-mêmes exonérées de TVA, comme les assurances. En revanche, vos actes de soins, eux, restent en dehors de la réforme. Dans cet article, nous faisons le point sur ce qui change concrètement pour vous : qui est concerné, à quelles dates, quelles démarches effectuer, et dans quels cas particuliers (sous-location, cabinet de groupe, activités annexes) vous pourriez aussi devoir émettre des factures électroniques à partir de 2027.
La facturation électronique, de quoi parle-t-on ?
Une facture électronique n'est pas un simple PDF
Une facture envoyée en PDF par e-mail n'est pas une facture électronique au sens de la réforme, ce serait trop simple ! La facture électronique est un fichier structuré, dans un format normé (Factur-X, UBL ou CII), lisible automatiquement par un logiciel. Elle ne transite plus directement d'un professionnel à l'autre : elle passe obligatoirement par une Plateforme Agréée (PA) par l'administration fiscale.
Les trois volets de la réforme
La réforme repose sur trois obligations distinctes :
- L'e-invoicing : émettre et recevoir des factures électroniques entre entreprises assujetties à la TVA établies en France (B2B).
- L'e-reporting des transactions : transmettre à l'administration les données des ventes réalisées auprès de particuliers ou de clients étrangers.
- L'e-reporting des paiements : déclarer les encaissements pour certaines prestations de services soumises à TVA.
Pour la grande majorité des soignants libéraux, seul le premier volet s'applique, et uniquement côté réception.
Rien à voir avec la feuille de soins électronique
La télétransmission des feuilles de soins (SESAM-Vitale) à l'Assurance Maladie continue de fonctionner exactement comme avant. Elle n'est ni remplacée ni modifiée par la réforme : il s'agit de deux circuits totalement indépendants.
Pourquoi les soignants sont concernés malgré l'exonération de TVA
Assujetti, mais pas redevable
Toute la confusion vient de deux notions fiscales souvent mélangées :
- Être assujetti à la TVA, c'est exercer une activité économique indépendante contre rémunération. Un médecin, un kiné ou une infirmière qui reçoit des honoraires l'est, quel que soit son mode d'exercice.
- Être redevable de la TVA, c'est devoir la collecter et la reverser à l'État. Grâce à l'exonération des actes de soins, un soignant qui ne pratique que des actes thérapeutiques ne l'est pas.
En clair, le soignant libéral est donc un « assujetti non redevable ». Or la réforme vise tous les assujettis. C'est pourquoi vous êtes concerné, même si vous n'avez jamais facturé un euro de TVA.
Vos actes de soins restent hors du champ
Bonne nouvelle : les actes de soins médicaux et paramédicaux exonérés (prévus à l'article 261, 4, 1° du CGI) sont dispensés de facturation. Ils sont donc exclus de l'obligation d'émettre des factures électroniques, de l'e-reporting des transactions et de l'e-reporting des paiements. Concrètement, vos consultations, séances et soins facturés aux patients et à l'Assurance Maladie ne changent pas.
Exonération ou franchise en base : une différence décisive
Ces deux notions sont souvent confondues, alors qu'elles n'ont pas du tout les mêmes conséquences :
- L'exonération tient à la nature de l'opération. Les actes de soins sont exonérés par la loi, quel que soit votre chiffre d'affaires. Ils sont exclus de la facturation électronique et de l'e-reporting.
- La franchise en base tient au niveau d'activité. Une opération normalement taxable n'est pas soumise à TVA tant que le chiffre d'affaires reste sous un seuil. Aucune TVA n'est facturée, mais l'opération reste dans le champ de la réforme : à partir de septembre 2027, elle devra donner lieu à une facture électronique (client professionnel établi en France) ou à un e-reporting (client particulier ou établi à l'étranger).
Autrement dit, une expertise facturée sans TVA grâce à la franchise en base est concernée par l'émission électronique. Une consultation exonérée ne l'est pas.
Toutes les formes d'exercice sont visées
L'obligation de réception s'applique quelle que soit la structure : exercice en nom propre (y compris en micro-BNC), SEL, SCP, SCM, ou structure porteuse d'une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP).
Le calendrier à retenir
La réforme se déploie en deux temps :
Depuis le 1er septembre 2026 : tous les assujettis, y compris les soignants libéraux exonérés, doivent pouvoir recevoir des factures électroniques. À la même date, les grandes entreprises et les ETI (fournisseurs d'énergie, opérateurs télécoms, grands distributeurs de matériel médical…) ont l'obligation de les émettre. À partir du 1er septembre 2027 : les TPE, PME et micro-entreprises, soit la quasi-totalité des cabinets libéraux, doivent à leur tour émettre des factures électroniques… mais uniquement pour leurs opérations non exonérées, qu'elles soient facturées avec TVA ou relèvent de la franchise en base.
| Votre situation | Réception | Émission | E-reporting |
|---|---|---|---|
| Actes de soins exonérés uniquement | Oui, depuis le 1er septembre 2026 | Non | Non |
| Soins + activités non exonérées, avec TVA ou en franchise en base (expertise, redevance de collaboration, ventes…) | Oui, depuis le 1er septembre 2026 | Oui, pour ces seules opérations vers des professionnels établis en France, dès le 1er septembre 2027 | Oui, pour ces seules opérations vers des particuliers ou des clients établis à l'étranger, dès le 1er septembre 2027 |
En pratique, vos fournisseurs basculent progressivement : les plus gros d'abord, les plus petits (comme un expert-comptable indépendant ou un artisan) à partir de 2027.
Côté dépenses : l'obligation de réception, le vrai sujet
Pour la plupart des soignants, la réforme se résume à une chose : être capable de recevoir ses factures fournisseurs au format électronique, via une plateforme agréée.
Quelles factures sont concernées ?
Tous vos achats professionnels auprès de fournisseurs assujettis à la TVA et établis en France : énergie, téléphonie et internet, matériel et consommables médicaux, logiciel métier, maintenance, honoraires de l'expert-comptable, etc. Les opérations elles-mêmes exonérées de TVA, comme les prestations d'assurance, restent en dehors du dispositif.
Focus : le loyer et les charges de votre cabinet
L'immobilier est souvent le premier poste de dépenses d'un cabinet. Ce qui change dépend du régime de TVA de votre bailleur :
- Location nue de locaux professionnels, sans TVA : c'est le cas le plus fréquent. Cette location est en principe exonérée de TVA. Votre bailleur n'a donc pas à vous adresser de facture électronique : quittances et avis d'échéance continuent comme avant.
- Location avec TVA : si votre bailleur a opté pour la TVA, ou si les locaux sont loués équipés ou avec des services (centre médical clé en main, espace de coworking santé…), les loyers sont facturés avec TVA. Dans ce cas, vous recevrez une facture électronique.
- Si vous êtes en SCM : la SCM doit pouvoir recevoir les factures électroniques de ses fournisseurs. En revanche, la part des frais communs qu’elle vous demande n’est pas soumise à TVA et ne passe pas par la facture électronique, à condition qu’elle corresponde aux frais réels et que les associés exercent une activité de soins.
Vous cherchez un cabinet ? Au moment de signer, posez la question du régime de TVA du bail : elle a un impact sur votre coût réel (la TVA n'est pas récupérable pour un soignant exonéré) et sur vos flux de facturation.
Les démarches à effectuer
- Choisir une plateforme agréée. Le Portail public de facturation sert d'annuaire central, mais la réception des factures passe par une PA. De nombreuses banques, logiciels de comptabilité et cabinets d'expertise comptable proposent des offres adaptées aux petits volumes, parfois incluses dans leur abonnement.
- Vérifier votre inscription à l'annuaire. Votre plateforme se charge en général de vous déclarer dans l'annuaire national. C'est lui qui indique à vos fournisseurs où envoyer vos factures.
- Informer vos principaux fournisseurs. Un simple e-mail mentionnant votre plateforme et votre numéro SIREN limite les doublons (PDF + facture électronique).
- Identifier clairement vos achats professionnels. Lorsque vous commandez, utilisez votre SIREN : une facture émise au nom d'un particulier n'arrivera pas sur votre plateforme.
Que risquez-vous sans plateforme agréée ?
L'obligation de réception est assortie de sanctions prévues à l’article 1737 du Code général des impôts. Ne pas avoir désigné de plateforme agréée expose le destinataire des factures à une amende de 500 €, appliquée après une mise en demeure restée sans effet pendant trois mois. Si la situation persiste, une amende supplémentaire de 1 000 € s'applique pour chaque nouvelle période de trois mois. Bonne nouvelle : une période de tolérance court jusqu'à la fin de l'année 2026. Le gouvernement l’a confirmé à plusieurs reprises depuis l’été, Il ne s'agit toutefois ni d'un report ni d'une suspension de l'obligation : profitez de ces quelques semaines pour choisir votre plateforme et informer vos fournisseurs.
Côté recettes : quand l'émission devient obligatoire en 2027
Vos actes de soins : aucune nouvelle obligation
Si vous ne réalisez que des actes thérapeutiques exonérés, vous n'aurez rien à émettre au format électronique, ni en 2027 ni après.
Les activités qui font basculer dans la réforme
Dès qu'une opération n'est pas exonérée, la réforme s'applique à cette opération, que vous facturiez de la TVA ou que vous bénéficiiez de la franchise en base. Parmi les cas fréquents chez les soignants :
- les expertises (judiciaires, pour des assureurs), les missions de médecin-conseil ;
- les actes non thérapeutiques, comme certains actes à visée esthétique non remboursés ;
- les ventes de produits (cosmétiques, orthèses, compléments…) ;
- les locations de matériel à d'autres professionnels ;
- les redevances de collaboration (voir ci-dessous) ;
- les formations, conférences et enseignements rémunérés, avec une réserve : certaines prestations de formation professionnelle et d'enseignement bénéficient elles aussi d'une exonération, sous conditions. Leur régime doit être vérifié au cas par cas.
Pour ces seules opérations, à partir du 1er septembre 2027, vous devrez :
- émettre une facture électronique si votre client est un professionnel assujetti établi en France ;
- faire un e-reporting si votre client est un particulier, ou un professionnel établi à l'étranger.
Attention : la franchise en base ne dispense pas de ces obligations. Même sans TVA facturée, une opération non exonérée reste dans le champ de la réforme (voir plus haut la différence entre exonération et franchise en base).
Focus : remplacements, collaborations et partage de locaux
C'est un point que beaucoup de soignants n'anticipent pas. Les sommes échangées entre confrères n'ont pas toutes le même statut :
- La rétrocession d'honoraires au remplaçant. Lorsque le titulaire encaisse les honoraires et en reverse une partie à son remplaçant, les sommes reversées rémunèrent des soins. Elles sont exonérées de TVA et restent hors du champ de la facturation électronique.
- Le remplacement occasionnel. La part conservée par le titulaire correspond à une redevance pour la mise à disposition de ses locaux et de ses installations. Selon la doctrine administrative, cette redevance n'est pas soumise à TVA lorsque le remplacement revêt un caractère occasionnel. Elle n'entraîne donc pas d'obligation d'émission.
- La redevance de collaboration. Lorsque la redevance rémunère la mise à disposition d'un cabinet aménagé, comme dans un contrat de collaboration libérale (ou un remplacement qui n'est pas occasionnel), elle est en principe soumise à TVA. Elle entre dans le champ de l'émission électronique à partir de septembre 2027, y compris si le titulaire bénéficie de la franchise en base.
La sous-location d'un cabinet ou d'un créneau de salle à un confrère, ainsi que la refacturation de frais communs, doivent également être examinées au cas par cas. Si vous accueillez un remplaçant ou un collaborateur, ou si vous partagez vos locaux, faites le point dès maintenant avec votre expert-comptable sur la qualification de ces flux.
Le cas des MSP et des cabinets de groupe
Dans une maison de santé pluriprofessionnelle, la structure porteuse (souvent une SISA) peut être assujettie et gérer des charges communes, tandis que chaque professionnel reste assujetti individuellement. Le choix des plateformes et la répartition des flux entre la structure et ses membres sont à coordonner collectivement.
Les points de vigilance propres au secteur santé
- Le secret médical. Aucune donnée patient ne doit apparaître dans vos factures B2B. Pour l'e-reporting éventuel d'opérations taxables, seuls des montants globalisés (chiffre d'affaires, TVA) sont transmis, sans nom de patient ni nature de l'acte.
- La compatibilité de vos outils. Votre logiciel de comptabilité ou de gestion de cabinet peut-il se connecter à une plateforme agréée ? Si ce n'est pas le cas, vous risquez de devoir ressaisir vos factures.
- Les achats à l'étranger. Les achats auprès de fournisseurs établis hors de France n'entrent pas dans le circuit de la facture électronique. Leur traitement en TVA dépend de la nature de l'achat et de sa provenance. Pour les acquisitions de biens dans l'Union européenne, par exemple, un assujetti non redevable n'est en principe tenu d'autoliquider la TVA qu'au-delà d'un seuil annuel de 10 000 € d'acquisitions ; cette TVA reste alors à sa charge. Votre expert-comptable pourra vérifier votre situation.
- Le rôle de votre expert-comptable ou de votre AGA (Association de Gestion Agréée) Ils sont en première ligne pour qualifier votre régime de TVA, notamment si vous avez des activités mixtes.
FAQ : facturation électronique et professions de santé
Un médecin libéral doit-il émettre des factures électroniques ?
Non pour ses actes de soins, exonérés de TVA et dispensés de facturation. Oui, à partir du 1er septembre 2027, pour ses éventuelles activités non exonérées, même s'il bénéficie de la franchise en base : expertises, redevances de collaboration, ventes de produits, certaines formations…
Un kiné ou une infirmière en micro-BNC est-il concerné ?
Oui. Le régime fiscal micro-BNC ne dispense pas de cette obligation : en tant qu'assujetti, vous devez pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026. Mon bailleur doit-il m'envoyer une facture électronique pour le loyer de mon cabinet ? Uniquement si le loyer est soumis à TVA (option du bailleur, locaux équipés ou avec services). Une location nue de locaux professionnels, sans TVA, est en principe exonérée et reste en dehors de la facture électronique.
La feuille de soins électronique compte-t-elle comme une facture électronique ?
Non. La télétransmission à l'Assurance Maladie est un circuit distinct, qui ne change pas.
Que se passe-t-il si je n'ai pas encore de plateforme agréée ?
Aucune sanction ne sera prononcée avant la fin de l'année 2026 : le gouvernement a annoncé une période de tolérance. Au-delà, vous vous exposez à une amende de 500 € après une mise en demeure restée sans effet pendant trois mois, puis à 1 000 € supplémentaires par période de trois mois si la situation persiste. Sans plateforme, vous risquez aussi de ne plus recevoir certaines factures dans le bon circuit.
Un remplaçant doit-il facturer électroniquement la rétrocession d'honoraires ?
Non. Les sommes reversées au remplaçant rémunèrent des soins et sont exonérées. Côté titulaire, la redevance conservée pour la mise à disposition des locaux n'est pas soumise à TVA si le remplacement est occasionnel. En revanche, une redevance de collaboration rémunérant la mise à disposition d'un cabinet aménagé est en principe taxable, et donc concernée par l'émission électronique à partir de 2027.
En résumé
Pour la majorité des soignants libéraux, la facturation électronique se résume à une obligation de réception, en vigueur depuis le 1er septembre 2026. Une fois votre plateforme agréée choisie et vos fournisseurs informés, l'impact au quotidien reste limité. La vraie vigilance porte sur les activités annexes et les flux entre confrères (redevances, mise à disposition de locaux), qui peuvent vous faire basculer dans l'obligation d'émission dès septembre 2027. Vous préparez une installation, cherchez un cabinet ou souhaitez accueillir un remplaçant ou un collaborateur ? Retrouvez sur OùSoigner les annonces de locaux médicaux à louer ou à vendre et les opportunités de remplacement, de collaboration et d'association partout en France.