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Docteurs juniors : qui sont-ils, où exercent-ils et comment les accueillir ?

« Plus de médecins, moins d'attente. » C'est avec cette formule qu'Emmanuel Macron a salué sur X, le 2 novembre, l'arrivée de près de 3 000 docteurs juniors dans les cabinets, maisons et centres de santé partout en France. Derrière l'annonce, il y a une réforme qui fait débat depuis 2022, des internes qui grincent des dents, des maîtres de stage qui réorganisent leur planning… et une question très concrète : où ces jeunes médecins vont-ils consulter ? Que vous soyez maître de stage, futur docteur junior ou professionnel de santé avec une salle qui dort trois jours par semaine, voici ce qu'il faut savoir.

Un docteur junior qui commence sont stage en cabinet

Docteur junior : de quoi parle-t-on exactement ?

Une quatrième année d'internat en médecine générale

Le docteur junior est un interne de médecine générale qui entame la quatrième et dernière année de son DES (diplôme d'études spécialisées). Il a déjà soutenu sa thèse (ou est sur le point de la soutenir). Votée dans la loi de financement de la Sécurité sociale fin 2022, cette année supplémentaire fait passer la formation des généralistes de neuf à dix ans et l'aligne sur celle des autres spécialités, où le statut de docteur junior existe depuis 2020. La première promotion a pris ses fonctions le 2 novembre 2026, selon les modalités fixées par l'instruction interministérielle du 21 mai 2026. Tous les étudiants qui choisissent la médecine générale à l'internat suivront désormais ce cursus en quatre ans.

L'autonomie supervisée, concrètement

C'est le cœur du dispositif. Le docteur junior consulte seul, mais sous la responsabilité d'un praticien agréé maître de stage des universités (MSU). Le maître de stage n'est pas forcément dans la pièce, ni même dans le même cabinet, mais il reste joignable. Les actes que le docteur junior réalise en autonomie sont définis avec lui, et s'élargissent au fil de l'année. Quelques règles à connaître, rappelées par l'ARS Hauts-de-France :

  • un même MSU peut encadrer jusqu'à deux docteurs juniors ;
  • un docteur junior peut à l'inverse être encadré par deux MSU ;
  • le docteur junior peut consacrer une journée par semaine à une autre structure du territoire : EHPAD, CPTS, PMI…
  • il peut participer à la permanence des soins sur la base du volontariat, et ses gardes sont alors considérées comme des gardes de senior.

Combien sont-ils et où sont-ils affectés ?

La petite bataille des chiffres

Le ministère de la Santé parle “d' un peu moins de 3 000” docteurs juniors en novembre, un chiffre qu'il reconnaît lui-même comme arrondi. Le CNGE (Collège national des généralistes enseignants) en compte précisément 2 682. Une partie des internes démarrera plus tard, si bien qu'au total, 3 273 docteurs juniors de médecine générale sont attendus sur l'année universitaire 2026-2027, dont une seconde vague de 591 en mai 2027. Retenez surtout l'ordre de grandeur : environ 3 000 jeunes médecins de plus sur le terrain, chaque année, à partir de maintenant.

La répartition dans quelques régions

RégionDocteurs juniors (novembre 2026)Détail
Île-de-Franceenviron 400dont 74 en Seine-Saint-Denis, 64 dans l'Essonne, 60 dans les Yvelines
Nouvelle-Aquitaine243facultés de Bordeaux, Limoges et Poitiers
Occitanie241dont 58 en Haute-Garonne, 35 dans le Gard, 26 dans l'Hérault
Normandie16859 en Seine-Maritime, 32 dans la Manche, 31 dans l'Eure, 27 dans le Calvados, 19 dans l'Orne

Sources : ARS Île-de-France, ARS Nouvelle-Aquitaine, La Semaine des Pyrénées pour l'Occitanie, ARS Normandie.

Comment se passe l'affectation ?

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, personne n'est « envoyé » en théorie d'office au fin fond d'un département même si dans la réalité certains syndicats pointent du doigts des répartitions arbitraires des ARS L'affectation fonctionne comme un appariement, un peu à la manière d'un Parcoursup local, en quatre étapes.

  • L'agrément des lieux de stage. C'est l'ARS qui valide les lieux de stage : cabinets libéraux, mais aussi, depuis septembre 2025, centres de santé et MSP (constituées en SISA). C'est à ce moment que le maître de stage doit prouver qu'il dispose d'un bureau pour le docteur junior. Pour 2026-2027, 3 758 postes ont été ouverts, plus 312 réservés aux étudiants sous contrat d'engagement de service public.
  • Les vœux des docteurs juniors. Le choix se fait à l'échelle de la subdivision, en gros le territoire de leur faculté. Chaque étudiant classe des terrains par ordre de préférence et doit couvrir au moins 10 % des postes ouverts, avec un minimum de deux.
  • Le classement par les maîtres de stage. C'est la vraie nouveauté : le choix va dans les deux sens. Un maître de stage qui reçoit entre 2 et 10 candidatures doit toutes les classer, au-delà il en classe au moins 10. Comme le souligne What's Up Doc, les textes ne fixent pas de critères, chacun fait donc avec son propre regard (projet professionnel, dossier, échange…).
  • La décision de l'ARS. Le directeur général de l'ARS croise les vœux, les classements et les postes disponibles, puis prononce l'affectation. Les étudiants restés sans terrain passent un second tour à l'échelle régionale, sur les postes encore vacants.

Pour orienter les choix vers les zones en tension, l'État mise sur l'argent plutôt que sur la contrainte : un stage en zone d'intervention prioritaire (ZIP) rapporte 1 000 € bruts par mois au docteur junior, et une prime de 800 € bruts par mois et par étudiant est versée au maître de stage installé en ZIP, en ZAC ou en quartier prioritaire.

Vraiment dans les déserts médicaux ?

C'est la promesse, et elle est en partie tenue. En Occitanie, plus de 40 % des docteurs juniors sont affectés en zones prioritaires. Au niveau national, certains médias avancent le chiffre de 80 % en zones à forte difficulté d'accès aux soins. L'écart s'explique en partie par les définitions de zones, qui varient. Une chose est sûre : les affectations dépendent d'abord de la présence de maîtres de stage agréés. Pas de MSU, pas de docteur junior. Et pas de bureau, pas de MSU agréé (on y revient plus bas).

Combien gagne un docteur junior ?

Si vous avez lu notre article sur combien gagne un médecin, vous savez que les revenus des généralistes installés varient énormément. Pour le docteur junior, c'est plus simple : il est salarié de son CHU de rattachement et ne perçoit pas d'honoraires sur les consultations qu'il réalise. Tous les montants ci-dessous sont exprimés en brut. Selon le ministère et les textes publiés au Journal officiel, sa rémunération se compose :

  • d’un salaire de base de 2 375 € par mois ;
  • d’une prime d’autonomie supervisée d’environ 417 € par mois, soit un fixe d’un peu moins de 2 800 € ;
  • d’une prime d’activité de 500 € par semestre, s’il réalise en moyenne 200 consultations par mois ;
  • d’une indemnité de 1 000 € par mois s’il exerce en zone d’intervention prioritaire, non cumulable avec les aides au logement et au transport ;
  • des indemnités de garde, pour ceux qui participent à la permanence des soins.

En zone prioritaire, avec la prime d’activité, on arrive donc autour de 3 900 € bruts par mois, hors gardes. Côté maître de stage, l’accueil est aussi rémunéré : 600 € par mois d’honoraires pédagogiques, le ticket modérateur des consultations du docteur junior, une compensation forfaitaire si sa patientèle compte beaucoup de patients exonérés, et des primes de 800 € en zone prioritaire et de 400 € pour la supervision des gardes.

Une réforme qui divise

Ce que reprochent les internes

Les syndicats d'internes n'ont jamais été demandeurs de cette quatrième année. Interrogé par franceinfo, un syndicat d'internes estime que le principe n'est finalement qu'une nouvelle année de stage, « comme on l'a toujours fait ». La rémunération cristallise la colère : l'Isnar-IMG, principal syndicat des internes de médecine générale, réclamait une part de rémunération à l'acte, plébiscitée par neuf internes sur dix dans son enquête de l'été 2025. Le gouvernement a fait un autre choix, et le syndicat lui avait attribué un sévère 0/20.

Les questions côté maîtres de stage

Pour les médecins qui accueillent, la réforme demande du temps (supervision, débriefs, évaluation) mais aussi des moyens. Plusieurs députés ont interrogé le gouvernement sur la prise en charge des frais : local de consultation équipé, matériel médical et informatique, logiciels, secrétariat, consommables. Les montants annoncés plus hauts couvrent-ils vraiment tout cela ? La réponse dépendra beaucoup de l'activité de chaque cabinet.

Ce que la réforme peut quand même réussir

Il serait injuste de s'arrêter aux critiques. Passer un an dans un territoire, avec une vraie patientèle, une équipe et un mentor, c'est exactement ce qui manque à beaucoup de jeunes médecins au moment de choisir où s'installer. La méconnaissance du terrain et de la gestion d'un cabinet fait partie des freins à l'installation régulièrement cités par les internes eux-mêmes. Si l'année se passe bien, le docteur junior repart avec des repères, un réseau… et parfois l'envie de rester.

Accueillir un docteur junior : la question des locaux

C'est le sujet dont on parle le moins, et pourtant c'est souvent là que tout se joue.

Il faut un bureau de consultation

Pour être agréé, le maître de stage doit montrer que ses locaux permettent au docteur junior de consulter en autonomie. Plusieurs facultés, comme celle de Côte d'Azur, demandent ainsi un bureau de consultation disponible au moins six demi-journées par semaine. Autrement dit, une vraie salle, pas un coin du secrétariat.

Pas forcément dans votre cabinet

Bonne nouvelle : le docteur junior n'est pas obligé d'exercer dans les mêmes murs que son maître de stage. Il doit simplement se trouver à une distance raisonnable, qui ne devrait pas dépasser 30 minutes de trajet à titre indicatif. Il peut aussi partager un bureau avec d'autres professionnels de santé. Concrètement, cela ouvre plusieurs options :

  • libérer ou aménager une salle dans votre cabinet ou votre MSP ;
  • sous-louer quelques demi-journées dans le cabinet d'un confrère, d'un kiné ou d'une sage-femme du secteur ;
  • utiliser un local mis à disposition par la commune, de plus en plus fréquent dans les zones sous-dotées.

Les aides existent, renseignez-vous

Les collectivités sont nombreuses à vouloir jouer le jeu. Si le cabinet du maître de stage ne peut pas accueillir le docteur junior, les élus peuvent aider à trouver un local ou à aménager l'existant. Certaines ARS financent aussi les travaux : en Île-de-France, selon le cahier des charges de l'ARS, peinture, cloisons, isolation phonique ou mobilier du box destiné au docteur junior sont éligibles. Et pour le logement, la garde d'enfants ou l'emploi du conjoint, plusieurs ARS, dont celle de Nouvelle-Aquitaine, s'appuient sur les collectivités locales.

Et après ? Le vrai enjeu, c'est l'installation

L'objectif affiché par le gouvernement n'est pas seulement de renforcer les équipes pendant un an. Il est d'encourager ces jeunes médecins à s'installer durablement dans les zones en tension. Or une installation ne se décrète pas. Elle se construit autour de quelques éléments très concrets :

  • un local adapté, au bon endroit et au bon loyer (nos articles sur le prix des cabinets par ville donnent des repères chiffrés) ;
  • une équipe, pour ne pas exercer seul ;
  • un projet de vie, pour soi et sa famille ;
  • parfois une patientèle à reprendre, si un médecin part à la retraite (voir notre guide sur le rachat de patientèle).

Pour les docteurs juniors, cette année est le moment idéal pour regarder ce qui existe autour d'eux, sans pression. Vous connaissez désormais le territoire, les confrères, la patientèle : autant savoir quels cabinets se libèrent. L'utilisation d'OùSoigner est gratuite pour les professionnels de santé, et vous pouvez créer une alerte pour être prévenu dès qu'une annonce correspond à votre recherche.

FAQ : docteurs juniors

Qu'est-ce qu'un docteur junior en médecine générale ?

C'est un interne de médecine générale en quatrième et dernière année de DES, qui a déjà soutenu sa thèse. Il consulte en autonomie supervisée, sous la responsabilité d'un maître de stage des universités.

Combien y a-t-il de docteurs juniors en 2026-2027 ?

Environ 2 700 ont commencé le 2 novembre 2026, selon le CNGE. Au total, 3 273 sont attendus sur l'année universitaire, avec une seconde vague en mai 2027.

Combien est payé un docteur junior ?

Un fixe d'un peu plus de 2 700 € par mois, auquel s'ajoutent une prime d'autonomie supervisée de 400 €, une indemnité de 1 000 € bruts en zone d'intervention prioritaire et d'éventuelles indemnités de garde. Il est rémunéré par son CHU et ne perçoit pas d'honoraires.

Comment sont affectés les docteurs juniors ?

Par appariement au sein de leur subdivision : les docteurs juniors formulent des vœux, les maîtres de stage classent les candidats, puis l'ARS prononce l'affectation. Un second tour régional est organisé pour ceux qui n'ont pas obtenu de poste.

Un docteur junior doit-il exercer dans le cabinet de son maître de stage ?

Non. Il doit se trouver à une distance raisonnable, en principe moins de 30 minutes de trajet, et peut partager un bureau avec d'autres professionnels de santé

Combien de docteurs juniors un maître de stage peut-il encadrer ?

Jusqu'à deux. Un docteur junior peut aussi être encadré par deux maîtres de stage.

En résumé

Les docteurs juniors ne vont pas, à eux seuls, faire disparaître les déserts médicaux. Mais ils ouvrent une fenêtre : un an pendant lequel près de 3 000 jeunes médecins découvrent un territoire de l'intérieur. Pour que cette année se transforme en installation, il faudra des maîtres de stage disponibles, des collectivités impliquées et, très prosaïquement, des murs. C'est là que chacun, à son échelle, peut faire la différence. Un bureau libre le jeudi, c'est déjà un début.