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Les solutions d'E. Macron contre les déserts médicaux

Installation obligatoire dans certaines zones ? Fin du paiement à l’acte ? Délégation de tâches envers des non-médecins ? Dans sa conférence de presse de mardi soir - Rendez-vous avec la Nation - le chef de l’État est revenu sur le “scandale des déserts médicaux” en faisant plusieurs propositions. On vous explique.

Le Président Emmanuel Macron lors de la conférence de presse du 16 janvier 2024

Moins d’une semaine après l’annonce du remaniement, le chef de l’État a dressé, mardi 16 janvier, une liste de grandes orientations pour lesquelles il souhaite des propositions fortes de son nouveau gouvernement. Sur le sujet des déserts médicaux, il souhaite “sortir des codes et des cases”. En réalité, la plupart des solutions qu’il a formulées étaient déjà dans les cartons depuis plusieurs années.

“On a aujourd’hui un peu moins de cent mille médecins généralistes. On en a perdu six mille en 10 ans. C’est ça, la réalité. Et, malgré le fait qu’en 2018 j’ai décidé de rouvrir le numerus clausus et donc de créer plus de places, on met 10 ans à former des médecins et on a environ 25 à 30% de nos médecins généralistes qui ont plus de 60 ans.” Pour faire face à ce défi pour “les cinq à sept ans qui viennent, le seul moyen, c’est d’organiser différemment les choses”.

Pas favorable à l’installation obligatoire en désert médical

Le chef de l’État a pris position contre l’installation obligatoire en désert médical. “La contrainte à l'installation n'est pas la solution. Après avoir fait tourner pendant 5 ans l'hôpital en tant qu’internes, les jeunes quitteront le métier si on leur impose des contraintes”. Il a également rappelé que le problème des déserts médicaux touchait à présent l’ensemble de l’hexagone et que d’autres mesures d’organisation devaient être prises.

Dégager du temps aux médecins

“Dégager du temps aux médecins” : c’est un des axes principaux choisis par Emmanuel Macron pour répondre à la crise actuelle, mais comment compte-t-il s’y prendre ? Sur ce sujet, il a simplement rappelé son cap : délégation de tâches aux paramédicaux et recrutement d’assistants médicaux.

Dans une interview fleuve publiée dans Le Parisien le 24 avril dernier, E. Macron jugeait déjà nécessaire “d’accélérer” la délégation des actes et critiquait les “corporatismes” de certaines professions. Diverses mesures ont déjà été mises en place pour alléger la charge de travail des professionnels de la santé. Deux lois, initiées en 2021 et 2023[1]par la députée Renaissance du Loiret, Stéphanie Rist, ont contribué à libérer du temps médical en permettant aux médecins d'orienter directement leurs patients vers d'autres professionnels de la santé. Par exemple, la consultation d'un masseur-kinésithérapeute sans ordonnance médicale est désormais autorisée, bien que limitée à huit séances par patient en l'absence de diagnostic médical, et uniquement au sein d'une maison de santé ou d'un centre de santé.

Concernant les assistants médicaux, ceux-ci doivent soulager les médecins des tâches administratives et leur dégager plus de temps médical pour leurs patients. Depuis le mois de juin 2023, les délégués de l’Assurance Maladie ont lancé une campagne d’accompagnement des médecins pour le recrutement d’assistants médicaux (35 000 médecins sont éligibles). Cette mesure devrait porter ses fruits mais il faudra attendre quelques mois, voire années pour s’en assurer.

La fin du paiement à l’acte ? Le chef de l’État sème le trouble

À l’automne dernier, les syndicats de médecins saluaient la reprise des négociations avec le gouvernement sur la revalorisation des consultations, aujourd’hui basées sur un paiement à l’acte. Deux mois plus tard, alors que ces négociations sont toujours en cours, le Président réaffirme qu’il veut privilégier le paiement forfaitaire plutôt que le paiement à l’acte.

Qu’est-ce que le paiement forfaitaire ? La Sécurité sociale rémunérerait directement les médecins en fonction d'objectifs de santé publique, ce qui est pratiqué par nos voisins anglais. Ce mode de rémunération existe déjà pour les médecins français, mais c’est une part marginale de leur rémunération. Le forfait patientèle médecin traitant (FPMT) en est un exemple. C’est une somme perçue par les médecins qui est calculée selon le nombre de patients vous ayant déclaré comme médecin traitant et en tenant compte de leurs caractéristiques au regard de leur âge et de leur pathologie (ex : affections longue durée). Il est fort à parier que ce type de forfait sera a minima renforcé par le nouveau gouvernement.

Si l’on connaissait déjà la plupart des pistes du Président de la République pour lutter contre les déserts médicaux, les modalités pratiques de certaines d’entre elles restent à définir. Ce qui est certain, c’est que négocier depuis plusieurs mois une revalorisation des consultations avec les syndicats de médecins et en même temps parler de la fin du paiement à l’acte en direct à la télévision n’est pas le plus beau cadeau de bienvenue que l’on puisse faire à sa nouvelle Ministre de la Santé.